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Il y a des trajectoires professionnelles qui n’ont aucun sens sur papier

Carrière
Lecture de 15-18 minutes
12 septembre 2026
Rédigé par Francine Guinois

Cette gestionnaire brillante, appréciée de tous, qui refuse depuis trois ans une promotion qu’elle mérite clairement. Ce cadre expérimenté qui sabote systématiquement ses négociations salariales, sans jamais s’en rendre compte. Cette employée qui excelle dans tout… sauf à occuper l’espace qu’elle a pourtant gagné.

On appelle souvent ça une stagnation professionnelle. On cherche des explications rationnelles : manque de compétences, mauvais timing, culture d’entreprise peu favorable. Et parfois, ces explications tiennent la route.

Mais parfois, non. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes.

Ce que le coaching RH classique voit  et ne voit pas

En ressources humaines, on dispose d’un arsenal éprouvé pour accompagner une carrière qui ralentit : bilan de compétences, plan de développement individuel, feedback 360°, coaching de leadership, mentorat. Ces outils fonctionnent, et fonctionnent bien, pour une grande majorité de situations.

Ils partagent cependant un point commun : ils s’adressent à la partie consciente et rationnelle de la personne. Ils supposent que si on donne les bons outils, la bonne information et le bon plan d’action, le changement va suivre.

Le problème, c’est que certains blocages ne résident pas dans un manque d’outils. Ils logent ailleurs,  dans des réflexes installés bien avant l’entrée sur le marché du travail, et qui continuent d’orienter des comportements adultes sans jamais passer par la case réflexion.

C’est pour ça qu’on voit parfois des personnes hautement compétentes, parfaitement capables d’expliquer pourquoi elles devraient avancer, rester coincées au même endroit année après année. Elles savent. Mais savoir ne suffit pas toujours à débloquer le comportement.

Ce qui se joue sous la surface

Sans tomber dans le jargon, voici l’essentiel à comprendre : une grande partie de nos réactions automatiques, surtout celles qui touchent la confiance, la valeur personnelle et le droit de réussir  ne passent pas par la réflexion consciente. Elles se déclenchent avant qu’on ait eu le temps de les questionner, un peu comme un réflexe.

Une personne peut ainsi minimiser systématiquement ses réussites, sans jamais choisir consciemment de le faire. Une autre peut ressentir une anxiété réelle, physique, chaque fois qu’une occasion vient bousculer sa zone de stabilité même si, rationnellement, elle veut cette promotion.

Ce ne sont pas des défauts de caractère. Ce sont des réflexes automatiques. Et un réflexe automatique peut, dans la grande majorité des cas, être désamorcé  mais rarement uniquement par le raisonnement, puisque ce n’est pas là qu’il se déclenche.

C’est précisément l’angle mort du coaching traditionnel : il outille la personne pour agir différemment, mais il ne s’adresse pas toujours à la partie d’elle-même qui freine avant même que l’action commence.

Un cas illustratif

(Situation inspirée de cas réels, anonymisée pour préserver la confidentialité.)

Une gestionnaire intermédiaire, excellente dans son rôle, se voit régulièrement proposer de postuler à des postes de direction. Chaque fois, elle trouve une raison de reporter : « pas encore le bon moment », « je veux d’abord terminer tel projet », « je ne suis pas certaine d’être prête ».

Un accompagnement RH classique avait été tenté : bilan de compétences (excellent), plan de développement (complété avec brio), simulations d’entrevues (réussies). Sur papier, rien ne manquait. Et pourtant, au moment de passer à l’action, le même scénario se répétait.

En explorant plus loin, au-delà des compétences, vers ce qui se passait au moment précis où l’occasion se présentait, un réflexe s’est révélé : occuper une position de visibilité et d’autorité déclenchait chez elle, automatiquement, une association avec un risque de rejet.

Le travail qui a suivi a eu pour objectif de désamorcer cette association automatique entre visibilité et danger, afin que la décision de postuler redevienne réellement libre, plutôt que pilotée par un réflexe de protection.

Quelques mois plus tard, elle a posé sa candidature. Sans dramatisme, sans grand discours intérieur. Simplement parce que le frein n’était plus là.

Ce n’est pas de la magie, et ce n’est pas garanti dans tous les cas. Mais ça illustre un point essentiel : parfois, le plafond n’est ni dans les compétences, ni dans les circonstances externes. Il est dans un mécanisme de protection devenu obsolète.

Ce que ça change pour les dirigeants, gestionnaires et professionnels (pour tous finalement)

Si vous accompagnez des équipes, ou que vous en avez assez de passer à côté d’opportunités désirées, voici quelques signaux qui méritent une attention particulière pas comme diagnostic, mais comme invitation à regarder au-delà des explications habituelles :

  • La personne peut articuler clairement ce qu’elle devrait faire, mais ne le fait pas, de façon répétée et sur une longue période (procrastination).
  • Le même schéma de blocage revient à chaque occasion d’avancement, peu importe le contexte ou l’équipe.
  • Les outils RH classiques (formation, mentorat, plan de développement) ont été essayés avec sérieux, sans effet durable.
  • Il y a un écart marqué entre la compétence observée et la confiance exprimée.

Dans ces cas-là, insister avec les mêmes outils à savoir, plus de formation, plus de rétroaction, plus de plans d’action, a peu de chances de débloquer la situation. Ce n’est pas un manque d’efforts de part et d’autre. C’est simplement que le levier utilisé ne correspond pas à la nature du frein.

Reconnaître ce moment  et savoir qu’il existe des approches complémentaires pour y répondre fait partie d’un accompagnement  véritablement complet.

En conclusion

Comprendre. Agir. Réussir.

La partie « comprendre » est souvent celle qu’on survole le plus vite, parce qu’elle demande de regarder plus loin que la surface. Mais c’est aussi celle qui, quand elle touche juste, rend l’action suivante beaucoup plus fluide et les résultats, beaucoup plus durables.

Une carrière qui stagne n’est pas toujours un problème à résoudre avec plus d’outils. Parfois, c’est une invitation à regarder ce qui, en dessous, retient encore la main.